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lundi 15 juin 2015

Ma nouvelle Amy

Un café, un nouveau lieu pour travailler, un coin tranquille, un quartier morne sans être triste, un bout de trottoir, un peu de fraîcheur sous les platanes de l'avenue, un menu, je suis en avance. Exprès pour éviter la cohue, pour éviter la foule et les impolis de tous poils, je déjeune plus tôt, comme une exception touristique, une autre table aussi proche de moi, deux personnes traduisant avec leurs téléphones les plats.







Et puis j'aime prendre les repères pour une mission de quelques mois, sentir les rues environnantes avant de m'enfermer durant des heures devant un clavier, une machine, des écrans. Soupe froide, légumes grillées dont j'hume le parfum en terrasse, j'hésite. Elle, non pas une serveuse mais elle, réincarnée, non pas copiée mais présente. Amy, la serveuse du lieu, une version dark de l'habituelle et dévouée passeuse de plats, elle aide les voisines dans un anglais impeccable, un naturel étourdissant et j'en oublie ma carte.


Baskets noires avec des noeuds de dentelles, des pics de métal, un collant noir et graphique malgré la saison, des jambes merveilleuses, une jupe crayon entre vinyl et jersey, une coupe originale, un chemisier blanc, eh bien non, elle sert en noir intégral. Version gothique, dentelles, voile noir, doublure noire et ainsi une élégance bien à elle, un serre-taille corseté à la taille. Surtout avec sa coiffure et ses yeux. Deux détails, deux fulgurances de sa féminité, de son allure, elle rayonne avec deux traits parfaits d'eye-liner à chaque coin de ses yeux noirs, des cheveux en version roulé-rétro, une star est là. J'observe tant que je déguste cette personne que l'on pousserait hors de nos normes, de nos frontières dans des cases noires et blanches du costume de serveuse parfaite, une personne différente et étonnement normale. Efficace, même face à mon blanc, mon silence, perdu dans mes pensées, ma carte effacée devant moi, j'ai commandé une soupe et une assiette de choses grillées. Quelle sauce ? elle insiste avec un sourire et cette voix chaude. J'hésite, je ne sais plus, je ne vois qu'elle, sa beauté, sa vérité.




Durant les jours suivants, je ne suis pas venu la draguer, juste l'admirer et quand un soir, après une réunion tardive, je suis passé ici, elle faisait le service, dans une demie pénombre. Ais-je rêver ? mais elle chantait entre les tables, les clients hypnotisés mangeaient. 






Mots & Emotions
Nylonement


dimanche 14 juin 2015

Bas nylon & marketing



Voyage dominical dans l'univers des bas nylon, avec une paire vintage aujourd'hui. Comme de nombreuses consœurs, ces pochettes recèlent des perles de publicités de leurs époques, les années 50, début de la réclame, des années 60 avec encore plus de couleurs et de graphismes, mais aussi des conseils d'utilisation savoureux ou des anecdotes, doux rappels nostalgiques des années d'or du bas nylon.

Les bas nylon à couture, gris foncé ici, sont de fabrication française, dans le Nord, avec ses filatures et ses bonnetiers (fabricants de lingerie et spécialistes des soutien-gorges). La marque GRILLE vante un "Bas qui résiste à tout", car au-delà du voile extérieur, il y a un tricotage des mailles, une grille résistante à toutes les agressions d'un usage au quotidien. Et pourtant la marque complète son offre avec un troisième bas nylon, dans chaque pochette. Paradoxe d'un message !

Une bonne initiative commerciale (plusieurs marques l'on fait). Réalisme d'utilisatrice. Ainsi comme pour tous les bas, en ayant deux paires de coloris similaires vous aurez toujours plusieurs paires combinables si l'un de vos bas file. Un avantage devenant ici un argument de marketing. La patte et les griffes du chat ne seront plus une source de souci. Une pochette originale de la fin des années 50, un papier délicatement cartonné et plié, une bonheur vintage. 





 Et les bas me direz-vous, ils sont doux, très fins, maximum du quinze deniers, un gris très foncé mais pas noirs, avec une couture élégante, un trou de serrure de taille moyenne.

Lors de vos balades du dimanche, prenez le temps de trouver des bas nylon vintage, mais attention, si le collectionneur apprécie les détails, la passionnée préférera les porter. Donc attention aux paires filés remises dans des pochettes, aux tailles fantaisistes (ou du moins très variable d'une marque et d'un pays de production à l'autre), et surtout aux bas mousse (avec les premiers fils souples et flexibles, pas vraiment du lycra actuel) de la fin des années 60, moins attractifs. D'ailleurs pour avoir un beau produit, visez uniquement des bas avec couture, si la pochette semble vierge de toute ouverture, et si au contraire la pochette semble avoir été ouverte, sortez la paire pour estimer la qualité des bas.






Nylonement



vendredi 12 juin 2015

Soleil au coin de la rue



Étonnante créature, là, juste au coin de la rue, une impasse anodine, comme on en trouve ici et là, avec un nom que l'on ne retient, tout en passant chaque jour devant. Un rayon de soleil tracé en direct des nuages de plus en plus présents, un trou de lumière parmi un printemps parlant de pluie, et là sur le sol, un bouquet de violet et de bleus.

J'ai marqué une pause sur ce chemin familier, laissant les énervés, les pressés, les routiniers continuer vers leurs bureaux, leurs objectifs du jour, du mois ou de l'année.

Une présence.







Devant moi, une chrysalide, une robe légère, immobile, des talons fins pour rester perchée sur le sol, elle absorbait la lumière. Seule, oubliée ou invisible aux yeux des autres, dans sa poésie et son processus, un coup de vent et les voiles se sont soulevées. Légers, aériens et surtout féminins, les souffles discrets, des petites touches d'air, sur le côté, derrière, autour d'elle.

Une femme, une fée, j'ai regardé le miracle s'accomplir, cette magie unique d'une naissance, d'un acte de mode sous la force infinie de la lumière. Libre, les bras évoluant autour d'elle, un regard, un départ, un point pour s'envoler, une direction peut-être, sortir de ce bout de rue, pétiller sur les pavés, sur les trottoirs. La fée faisait sécher ses ailes, se gorgeant d'énergie pour étinceler encore plus. 

Moments glamours, souvenirs, rêves, je ne sais plus.



Mots & Emotions



mardi 9 juin 2015

Oublier son nom

Pour mille raisons, j'aimerai tant oublier ce nom, celui qui fût le sien, puis le mien, du moins le nôtre quand nous nous aimions. Encore !

Quand tout ceci n'était que bonheur avec des sentiments, avec des enfants, des balades, une maison, des jours heureux et puis la fêlure de la routine, les habitudes du boulot, l'ennui et la fatigue, les causes devenant les conséquences, l'usure. Le vide, même si nous avons cru à un retour, à une possible autre opportunité d'être de nouveau un couple, mais lui, mais moi, mais tous les deux, nous n'y croyons plus déjà. Un autre homme, un collègue, lui et son boulot, même si je soupçonne une charmante collègue ou cliente d'avoir partager des séminaires, bref des infidélités dans un couple ou il n'y avait plus de lien. Le vide plus présent.





Nous nous sommes séparés, mais l'administration s'est acharné à me planter des aiguilles sur le corps, un tatouage involontaire, son nom, indélébile. Toujours ce nom, ici sur un compte en banque, ici sur des actes de propriété, des factures, des rattachements inodores quand tout va bien. Déjà cinq ans que je suis loin de lui, avec un tribunal minable qui fait traîner avec bonheur les divorces. Des frais et surtout des papiers, toujours plus de papiers, de justificatifs et toujours son nom. Comme une interdiction d'être moi-même et pourquoi une autre. Je suis bloqué dans le système, victime d'un complot nominatif, souhaitant non pas redevenir une jeune fille, mais appartenir à une neutralité agréable, celle de ma carte d'identité, de mon permis de conduire. D'ailleurs je ne suis qu'un prénom pour mes collègues, pour mes clientes, pour mes enfants. Et pour lui aussi !

Mon nouvel homme, mon compagnon, pas mon mari, d'ailleurs aurais-je envie de me remarier ? de prendre son nom à lui ? Est-ce vraiment une preuve d'amour ou de soumission naturelle à un machisme naturel hérité depuis des siècles ? Je veux rester un prénom et un nom machin, celui de ma famille et pour autant l'aimer ce monsieur truc. Que la vie semble plus simple sans ce détail, mais toujours agaçant quand il faut mettre à jour des papiers, pour des choses personnelles, qui ne concerne que moi en propre, et le dessous de l'iceberg qui resurgit. Avec toujours cette question sur mon statut de femme mariée, divorcée ... mais qu'est ce que cela peut leur faire, je suis amoureuse, c'est tout, juste une femme amoureuse.

Vivement que ses bras m'entourent, ses mots, mon prénom. Lui et moi.



Nylonement
Mots & Emotions




samedi 6 juin 2015

Glamour toujours plus

Bien plus qu'une simple définition, le Glamour, est un art de vivre, une attitude et un bonheur quotidien. D'ailleurs le travail, tous les jours, ne permet parfois pas d'exprimer par la mode, la partie la plus visible, cet éclat brillant de la féminité soyeuse. Même si dans un hypermarché proche de ma maison, le nombre de caissières étant conséquent pour parfois remplir plus de quarante caisses en même temps, avec un échantillon de personnes venant de toutes les origines, de tous les âges et plutôt (probablement) avec un faible pouvoir d'achat, il existe là aussi des étincelles d'élégance.





Parler de beauté serait restrictif, je tomberai dans les schémas habituels, avec le premier carcan de la jeunesse... éternelle, mais aussi des morphologies stéréotypées souvent blonde à forte poitrine et cheveux dans le vent, enfin surtout coiffés avec tous les cosmétiques habituels de nos publicités, et plus encore dans le carcan des formes.

Parler d'élégance permet alors de voyager sur les chemins croisés de l'art, de la séduction, du bien-être personnel de chaque femme, sur son image réelle et son image ressentie, sur sa volonté de briller ou simplement d'être elle-même, mais totalement femme. Avec une référence souvent rattachée aux années 50-60, ivresse d'une époque de forte évolution économique, de révolutions plus ou moins marquées dans la liberté des femmes, dans la créativité d'un nouveau monde, dans le changement intellectuel et physique lié à une société de consommation nouvelle, la femme exprimait alors la pratique pour la vie courante, la mode pour les belles occasions en plus. Les années ont passé, les modes aussi, les détails parfois ont traversé le temps, les étincelles de cette allure si personnelle ont trouvé leurs codes. Et vous avez aujourd'hui le choix de picorer, d'en jouer au ré de vos envies, de vos moyens, de vos facettes de féminité.








Maquillage, eye-liner, rouge à lèvres, bijoux, foulards, sacs à main, escarpins ou ballerines, bottes ou bottines, bas nylon ou collants graphiques, mode longue ou courte, robe ou jupe, lingerie pour vous ou lingerie pour vous et lui, pour vous et elle, La mode et ses accessoires sont infinis, vous pouvez choisir de les assembler à votre aise, selon vos désirs, pour jouer de sobriété avec quelques détails, pour abuser de folies qui brillent tout autant. La petite robe noire n'est qu'une base, déjà multiples dans ses coupes proposées. A vous de la compléter de votre présence, de vos formes, de votre démarche, de votre journée, entre travail et sortie, vous serez toujours femme, parfois une femme glamour.

Alors pour apprécier simplement, pour comprendre les codes, pour rêver, pour succomber dans une pulsion intense d'un désir non contenu, je vous propose aujourd'hui l'accessoire glamour, même glamourissime : les gants. Mais dans une version définitivement glamour, dépassant la main, s'allongeant sans fin sur le poignet, l'avant-bras et même parfois le coude. Une paire que l'on porte pour être vu, pour le confort d'un cuir fin ou d'une dentelle, un accessoire sublime pour être femme.











Bon samedi


Et pour ce modèle, n'opposez aucune résistance, ce serait un effort vain ;-)




Nylonement

mardi 2 juin 2015

Eté ou presque

         

Un coup de chaleur, le mois qui change sur le calendrier, les vacances qui se discutent encore entre la machine à café, les projets à rendre et les clients, mais est-ce vraiment l'été ?


Car en prenant le métro, j'ai eu un doute, pas sur le lieu, mais sur la destination. J'ai pris le temps de regarder les nouvelles lignes desservies, les changements possibles et surtout les lieux. Cherchant la plage, le sable chaud, les galets ou les rochers, les coins de calanques, les piscines et autres océans non indiqués auparavant.

Pourquoi ce doute ?

A la vue des tenues parfois très légères (je garde certaines anecdotes pour moi, souvenirs passés revenus à la vue d'un détail bien réel), des dentelles, des guipures, des transparences, des jupes courtes, des shorts trop mini, des tenues de plages, il ne manquait que la paréo. Rien de plus, rien de moins. Certes il y a eu deux jours de soleil, des week-ends prolongés mais finis, des mois d'été à venir, en ajoutant des climatisations torrides voire tropicales dans certains immeubles, mais quand même. Réfléchissons, à moins que ce ne soit un défilé de mode balnéaire, et que le wagon suivant contient juste les créatures en maillots de bain. J'avais froid pour la demoiselle dont je devinais, du moins lisais les tatouages, ici et là, mais vraiment là juste au-dessus des fesses. Poésie ou voyeurisme aigu, je n'ai fait que regarder, ce qui était plus que déballé. Choqué, par vraiment, à mon âge et avec ma sagesse très personnelle, j'aime l'esthétisme, mais je l'apprécie à certains moments, certains endroits, certaines saisons.




Les tenues peuvent être plus légères, certes, jouant de matières plus souples, plus fluides, plus aériennes, mais masquant le minimum, car comment travailler ainsi dans un bureau, les fameux open-spaces si froids, si tristes. Ah voilà, c'est un moyen de réveiller l'esprit d'équipe, de fédérer les regards, les initiatives, les comportements "corporate". Je préfère le voile léger, celui d'une paire de bas, mais masqué de tous, inconnu, non divulgué. Parfait pour cette mi-saison !


Bientôt l'été viendra.


Mots et Emotions
Nylonement



lundi 1 juin 2015

Une nouvelle vie

Indépendante, avec une belle réussite professionnelle, je donnais l'image de la jeune trentenaire radieuse, belle et toujours souriante, une executive woman flamboyante. Parfois malgré tout, entre deux tranches de rôti de boeuf du dimanche, dans une discussion entre amis, dans des soirées où les mariages s'annonçaient, les premiers enfants naissaient, j'entendais la petite phrase "alors cet amoureux, tu lui laisses un peu de temps pour te rattraper ? tu nous le présente quand ? ..." d'autres versions qui amenaient parfois d'autres interrogations plus fortes "tu n'es quand même pas seule, toi c'est impossible!".





Indépendante, cadre impliquée et souvent en déplacement mais aussi, femme féminine, voire sexy quand il le fallait, quand il était là justement. Oui il y a avait bien un homme dans ma vie, discret, car je n'avais pas trop de temps, pas vraiment de sentiments pour lui, mais une réelle complicité qui se prolongeait au lit, souvent. Un sex friend pour les raccourcis, un bon ami, un  bonheur à deux dans nos agendas occupés, des plaisirs partiels pour les autres, du bonheur plein pour nous deux. Certes les sentiments avaient fait au bout de deux ans  un peu pression, mais il était marié, heureux, papa, serein dans son boulot et avec moi. Rien n'avait été caché, rien n'avait été promis. Et de mon côté, rien n'avait été demandé ou exigé, mais plus encore j'aimais mon célibat pour ces instants calmes, sans personne, juste pour moi. Egoistement peut-être, mais j'aimais ma solitude.


Indépendante, plus vraiment depuis que ce retard de règles, ce test acheté et posé sur le bord de la baignoire, une barre, de l'attente, deux barres bleues, positif, un test positif, je suis enceinte. J'aurai pu pleurer, de joie, de rage, de peur mais je suis allée sagement prendre un thé. Je devenais maman, de façon un peu impromptue certes. J'avais pas de contraception, nous utilisions des préservatifs pour garder notre liberté, nos corps sains. Mais récemment, après deux semaines sans se voir, nous avions très envie, très très envie. Bref, nous avons fait l'amour, dès la porte refermée, là, le string au milieu des genoux, la jupe relevée, collés au mur, comme des amoureux fous, sans rien. Mon cycle, le nombre de jours, enfin bref, nous avons rien calculé, juste cédé à nos envies, nos pulsions. Mère, un nouveau statut. Envisageable, peut-être. Pourquoi pas après tout.








Seule ou avec lui, la question serait plus tendue probablement, même si nous en avions ri un jour, sans l'envisager, juste pour se dire "et si on faisait un enfant ensemble". Ce n'est pas un lâche, juste mon ami, mon amoureux de lit, mon pote, mon duo pour m'évader, mais aucunement mon compagnon, encore moins mon mari. Et puis pas envie de casser son couple, sa famille avec un enfant, un bébé à venir, pas celui-là, mais celui dans le ventre de sa femme. J'ai passé deux semaines à continuer à vivre normalement, sauf avec quelques nausées, à penser à ce bébé en préparation. Jamais je n'ai hésité à savoir si je le gardais ou pas. J'étais maintenant maman, sans père officiel. Avec un sourire, j'anticipais ma modernité, mon indépendance financière, ma vie de femme et de mère. Les mots des autres, les jugements et les préjugés, je m'en tape. Lui, je vais lui annoncer. Mais toujours ne rien exiger.

Je fais un bébé toute seule, je suis heureuse.



Mots & Emotions


dimanche 31 mai 2015

Bonheur du dimanche

Alors que je serai sur le golf, seule dans une foule de joueurs et joueuses, concentrée sur une petite balle facétieuse certains jours, je penserai à elle, ma mère. Un dimanche comme un autre, un dimanche de fête des mères, un dimanche au goût de nostalgie.






Toi, car je peux te tutoyer même si longtemps tu a affirmé ton rôle avec une réelle présence, une profonde distance et en compensation un amour moelleux entre tes bras. Tu savais,  du moins comme tous les parents tu tentais de porter le rôle de l'éducation infaillible, du parent qui donne l'exemple, qui guide sur le chemin de la vie, du parent qui connais les bonnes et les mauvaises choses de cette route nouvelle devant moi. Stricte d'une main, fragile et épouse rayonnante, toujours féminine avec une simplicité due à notre aisance financière très relative, plutôt modeste, tu savais t'habiller de peu, être celle dont on regardait le ruban dans les cheveux, les chaussures bien choisies, les robes corolles taillées et cousues à la main, tombant impeccablement. Et puis tu donnais ton coeur, à tes enfants dont moi. J'aimais prendre ce temps, partager avec toi des heures dans la cuisine pour apprendre à faire des choux à la crème, voir ton sourire anodin à l'époque quand je pouvais goûter, mettre mon doigt dans la crème, ce sourire inoubliable maintenant. J'aimais être trop petite, juchée sur un tabouret pour essayer de battre des blancs en neige, ou ma première mayonnaise. Ma première fois que l'on mangeait tous ensemble autour de la table du dimanche, des oeufs mimosas, et que la magie de la cuisine avait fait de moi, la star relative d'un instant, le jaune d'or se mêlant avec les jaunes écrasés. Les feuilles de salade verte du jardin de mon père, les demies coquilles de blanc d'oeuf, la fameuse mayonnaise, le jaune, les fourchettes, les bouches, les sourires. Aujourd'hui encore en croquant dans ce simple plat, je revois toute la famille, toi, moi, ma fierté, mon bonheur.

Et puis j'aimais tant ta voix douce, le soir, pour lire des histoires, pour m'aider dans mes devoirs, pour me parler en rentrant de l'école, pour me dire que j'allais un jour devenir femme, peut-être mère. Aujourd'hui, je pense à cela, pendant que d'autres calculent leurs coups sur le parcours, que d'autres se montrent leurs grosses montures, se mesurent d'importance en caressant des carrosseries métalliques symboles de leurs réussite ou de leur pouvoir. Des gosses en version adultes, avec des réflexes primaires. Je pense à toi car contrairement à tes autres enfants, mes frères et soeurs, je ne suis pas devenue maman. Juste profondément femme, active et brillante avocate, reconnue pour son éloquence, parfois son élégance aussi, sobre mais féminine, redoutée pour ses attaques, ses leviers qui déplacent tout l'échiquier de mon côté en quelques coups, je suis un peu de toi.








Heureuse oui, libre oui, sans enfants oui et non, j'ai vécu, beaucoup travaillé, oublié le temps de la séduction après une histoire trop forte avec un homme, finie par son infidélité. J'ai douté, pris mon travail comme premier compagnon, laissant les années filer. Le jour où mon prince charmant est venu, tu riais de cette expression, car le tien, mon père, était rustique, sans cheval blanc, mais profondément aimant. Donc le jour où le hasard me l'a mis devant les yeux, je l'aimé quasi immédiatement, j'ai pris avec moi ses deux enfants, ses deux filles, je suis devenue belle-mère, mais cela n'a plus d'importance. Car je suis femme et aimée autant qu'amoureuse de cet homme. D'ailleurs il arrive, nous allons jouer ensemble. Pas de fête de famille aujourd'hui, un jour comme un autre, presque, je laisse mes pensées s'envoler vers toi, partie depuis quelques années. La symbolique du jour m'échappe un peu, car je crois fermement, à la liberté affirmée des femme, à une vie souriante, comme dans tes yeux. Je les vois encore. Toujours apaisant.







Mots & Emotions


jeudi 28 mai 2015

Changement d'air


Changer, fermer les yeux et voir le monde autour de moi autrement.
Oublier.





Une journée.
Rouvrir les yeux, passer devant cette vitrine, voir un reflet, une blonde, une personne qui se penche vers la vitre, inspecte, découvre son visage, sa nouvelle coiffure. Finie les cheveux tirés, stricts, auburns, je les voulais libres, comme moi.

Une semaine.
Assez pour comprendre que la tête dans le miroir, c'est moi, ma nouvelle définition, un peu de moi en version plus actuelle. Je suis blonde, je me vois différemment mais les autres aussi. Mes collègues, celles qui ne tarissent pas d'éloges envers cette nouveauté, ce saut dans le vide, cette nouvelle personnalité, même une nouvelle personne. Oui c'est ainsi que le responsable régional, habitué aux allers et venues des commerciaux, a cru que j'étais nouvelle. Trois ans ici, et enfin une existence. D'ailleurs certains regards changent, semblent plus présents, plus insistants et pourtant mes jupes sont toujours aussi longues.

Un mois.
Première visite chez mes parents, les yeux de ma mère, fausse blonde depuis vingt, voire trente ans, interloquée en me voyant. Heureuse, émue même, et mon père avec un simple compliment, des bises comme à chacun de mes retours, rien de plus. Il semble habitué, certes avec quatre filles et deux belles-filles, il en voit de toutes les couleurs, de toutes les longueurs. Blasé, non, discret mais avec un avis, qu'il faudra lui extirper après le dessert, quand l'estomac endort sa protection de père, de mâle, sa vigilance silencieuse. Mes soeurs ont adoré, en même temps, je dois être la dernière a avoir changé en blonde. Celle qui est restée trop longtemps avec les mêmes habitudes et le même copain. Mais je viens de le mettre dehors, de rayer son nom et prénom de ma liste de souvenirs. 









Un trimestre.
Un semestre.
Un an déjà. Je ne me vois plus qu'en blonde, assez pour avoir changer aussi un peu de garde-robe, plus détendue, plus glamour aussi pour certaines sorties. Sérénité retrouvée, loin de la routine avec le même copain, des aventures depuis, sans suite, mais un nouvel univers. Des nouvelles photos de moi dans les soirées, une promotion car plus investie, plus disponible, une nouvelle vie s'offre à moi, simplement. Mes cheveux sont comme moi, libres, je vais les couper plus courts, en éliminer dix bons centimètres pour rajeunir le tout. J'essayerai peut-être un blond plus sobre, avant l'été où ils risquent de virer au blond platine. Je me vois, je m'aime ainsi. J'ai toujours été cette jeune femme, et je souris en retrouvant des photos, de moi, de lui, de nous, de moi surtout, différente. Juste la coiffure, non, une grisaille, une ritournelle pesante, maintenant disparue. 







Mots & Emotions

lundi 25 mai 2015

Aider, Aimer, Vivre

J'ai utilisé ce slogan durant les dernières années pour défendre un processus de vie et d'amour, celui de chacune et chacun. Celui aussi de la prévention face au sida, une maladie sournoise comme les autres, profitant des instants de relâchement, des sentiments, des envies charnelles encore plus fortes.


Une maladie d'amour !


Donc il faut continuer à l'enrayer, à se protéger, à s'aider, à s'aimer aussi, avec toutes les folies que nos corps peuvent souhaiter, partager, assouvir dans un duo de plaisirs. Il faut vivre.






Parfois s'ajoute d'autres soucis, pas une maladie, pas un simple souvenir trouble, pas une angoisse envolée après quelques minutes, mais un acte, consenti ou non, et une fatalité. Une grossesse, un début de grossesse non souhaitée pour être précis. Personne ne joue avec son corps, personne ne veut jouer avec une conception, personne ne veut cela. Ni les douleurs psychologiques d'être trop jeune pour une erreur de protection, d'être trop soi-même pour ajouter un membre dans la famille, d'être la victime sans comprendre le script de cette mauvaise histoire, ni aucune souffrance pour les premiers jours, les premières semaines qui défilent trop vite face à l'immobilisme de notre société.  


Oui, Mme VEIL a un jour ouvert la porte sur la honte, sur des étapes malheureuses et volontairement cachées de certaines vies, sur les morts dans des souffrances atroces, juste pour ne pas être mère au bon moment. Car celles qui ont un jour choisi l'avortement, elle voulaient simplement décider, non par fantaisie, ni même par liberté évidente de leur sexualité, mais bien dans un projet de vie, de famille. Car le foetus peut devenir un bébé, un enfant, une vie, une éducation, un parcours de vie, et tout cela doit pouvoir être assumer, souhaiter. Or parfois le début de l'histoire est bien différent. Le choix est cruel, mais la décision doit être aidée par notre société moderne. Je vous ferai grâce des motivations, surtout religieuses, non pas culturelles, des uns et des autres. Je laisse la honte se propager sur ceux qui ont décidés, qui ont forcés, qui ont bannis cette idée tout en bannissant celles qui gardaient ces enfants non souhaités. Troublant paradoxe des "bien-pensants", ne souhaitant pas assumé le projet de vie qu'ils imposaient, faisant suite à la décision qu'ils imposaient aussi.




Oui, l'avortement est un droit, légal en France depuis des décennies, pour ne pas jouer, j'insiste, avec son corps, la contraception existe aussi, mais pour se libérer d'une vie non souhaitée. Mais surtout pour le faire de façon médicalement assistée. Car les faiseuses d'anges, souvent décriées, furent sources de complications, mais aussi de vies réellement libérés d'un poids impossible à porter. Mais nous sommes en 2015, la société nous emporte dans des chemins de modernité, avec du progrès chaque jour, bon ou moins bon, profitable souvent ;-). L'humain doit pouvoir profiter des avancées de ce système, librement. Car parler autour de vous, vous serez surprises, du silence, de certains secrets tardifs, sur ce sujet. Hommes responsables de maternité non souhaitée, pris dans le piège de devenir père malgré eux, lâches professionnels aussi. Femmes enceintes malgré elles, coincées dans l'étau de leurs contraintes de vie, famille, boulot, réalité.

Aujourd'hui, il faut donner librement accès au soutien psychologique, aux moyens légaux de fin de grossesse. C'est une liberté, pas une fantaisie, un  véritable droit.

Il y aura toujours autant de sourires après, de beaux bébés souhaités, de vies sereines. Et ce, malgré le choix douloureux pour ceux et celles qui ont un jour eu recours à l'avortement. Ce n'est une décision prise à la légère. Aidons, aimons, vivons !





PS : une association WOMEN on WAVES dirigée par la Docteur Rebecca GOMPERTS utilise le net pour défendre ce droit, pour fournir des solutions à celles qui sont derrière les barreaux d'une religion, d'une idéologie culturelle ou politique les empêchant d'avoir ce libre-choix.


Mots & Emotions

jeudi 21 mai 2015

Liberté de compliments



Journée mitigée, le soleil ne joue pas avec la lune comme dans une chanson joyeuse, mais avec des nuages distants, des brumes surprenantes pour un mois de mai. Je patiente pour un rendez-vous, pour convaincre des clients moroses comme le business et la croissance de notre beau pays. La météo serait-elle aussi atteinte par cette contagion ?


Et elles passent, oui deux jambes, une ravissante paire de gambettes dans un gris opaque foncé, des talons en-dessous, une jupe corolle au-dessus. Un rayon de soleil les suivant de près. Impossible, je dois rêver, m'être endormi sur la chaise de cette terrasse, de ce café. Tout est là, un sac glamour et moderne, un petit haut fausse fourrure un peu tendance. Un rayon de beauté, un de ceux qui parle à mon bonheur version mode. Elles s'arrêtent. Je fais une pause sur elles.




Mon heure arrive, un bip de mon téléphone, je paye, je me lève en ramassant mes affaires, je file. Elles sont toujours là, en attente, même le soleil a poussé les nuages malicieux, la lumière juste autour des talons. Je cherche ma direction, justement par là, vers elles. Je traverse, je passe, j'aperçois un visage, une écharpe, le courant d'air qui justifie pleinement cet accessoire. 

Ravissante. Ce mot reste en moi. Car dans notre belle société, vous savez celle où vous vivez, payez des impôts inégalitaires, subissant des lois étranges parfois, profitant de la réalité simplement les autres jours, il y a délit de liberté d'expression. Vous en connaissez les tyrans, les barbus châtiant les infidèles, les humoristes et les personnes libres dans un amalgame honteux. Les mêmes, qui inculquent à leurs générations, un héritage crétin (non ce n'est pas une religion !) de mâles en machistes, avec des valeurs viriles et nébuleusement primaires. Ceux-là même qui pense que les femmes sont des êtres humains de catégorie inférieure, mais bien utiles pour le ménage, la gestion des enfants, la cuisine et le lavage de leurs linges. Ces hommes de tous âges, jeunes, enfants, élèves, étudiants, adultes ou vieillards jettent des mots, des saloperies, des insultes, des blessures sur le corps des femmes, mais apparemment ne se lassent pas de les regarder, ou ne savent détourner les yeux ailleurs. Oui ce sont des êtres primaires, n'oublions pas ! Ceux-là toujours qui voyant une femme élégante, belle, jeune ou vieille, libre de sa mode, ceux-là donc qui ne pense qu'avec un cerveau à deux boules, et semblent avoir une sexualité, du moins une vision bestiale, animale (ah moins que ceux-ci ne soient paradoxalement de grands consommateurs de vidéos de cul). Paradoxe de pensées, plutôt de réflexes conditionnés, ils insultent les femmes. 
Surtout ils ne les respectent pas. Jamais.








Alors j'assume ma personne, je suis un homme, un mâle, un esthète, parfois probablement un voyeur car je ne baisse rarement les yeux. Machiste, pas du tout, sauf en présence de femmes qui pensent que tous les hommes sont pareils, face aux féministes camionneuses et obtuses, je peux devenir macho extrémiste, le temps d'une joute verbale. Féministe, oui, sensible à la féminité, très sensible à l'équité et à la liberté de vie et d'expression des femmes : OUI !

Je ralentis, elle est derrière moi, je me tourne, elle arrive à ma hauteur se dirigeant vers la même rue, même trottoir. J'ose, une folie dans notre monde actuel, un acte peut-être filmé par les trop nombreuses caméras de soit-disant sécurité. Une liberté cachée, presque un geste militant pour la féminité, j'ose totalement.

"Mademoiselle, je sais que c'est interdit, mais pas insultant, vous êtes ravissante ainsi. Votre tenue défit cette météo. Vos jambes sont magnifique, votre mode avec."

Dans un même tempo, elle freine, sourit, rit, s'illumine pleinement.

"Merci Monsieur, les compliments sont si rares, les insultes et sifflets trop souvent. Mais j'aime le printemps, je le défis avec ce rose (sa jupe pour info), même si je dois jongler entre le chaud de mon gilet, de mes collants. Je défends aussi ma liberté de femme, d'être moi, avec la mode que je veux. Bonne journée."


Oui quelle belle journée !



Mots & Emotions
Nylonement


mardi 19 mai 2015

Soleil d'amour

Soleil sur le lycée, envie de penser à tous les week-ends de l'année, à toutes les sorties, à toutes les fêtes et surtout à ce bonheur avec mon amoureux. Un hasard, une soirée prévue pour être pourrie, pour accompagner une copine, de la musique trop forte, j'aime pas çà. 

Et puis là dehors, sur le perron, malgré le froid, un groupe de fumeurs, et lui perdu dans son téléphone, pas pour jouer mais pour occuper son temps. Deux mots, en même temps, le côté instable à 360°, deux timides ou du moins deux êtres inconnus l'un pour l'autre cherchant le premier mot juste. La soirée a filé ensuite trop courte, le bonheur de parler avec lui. Et pourtant son look, le mien, le lieu, les copains, rien n'était parfait.

Six mois de sentiments, je ne dirai pas d'amour, je prends encore ce recul. Des longues discussions, des changements de tenue, je suis passé de jean collé à ma peau, à des jupes, des tops, des tee-shirts plus féminins, lui a redressé sa coiffure improbable. Un baiser en partant d'une soirée, la main dans la main parfois en se retrouvant au café, et puis les casse-pieds, les jalouses, les cons, les beaufs, le monde normal m'a dit ma mère.







Nous avons fait une sortie de quatre jours, nos classes ensemble, deux jours de rêve de bisous, de balades, de discrétion vis-à-vis des profs, d'envie de plus. Oui j'ai compris ce que mon corps, ce que mon coeur, ce que mes parents m'avaient expliqué il y a si longtemps. Faire l'amour. Juste des pensées, mais une profonde envie. Juste traduite par une paire d'escarpins achetée en cachette, une jupe plus courte, un ensemble si féminin pour la soirée de gala de ce voyage. 

Il a aimé, on ne s'est plus lâché depuis.

Je l'aime, il m'aime. Mes parents l'ont vu passé un soir, mes frères et soeurs ont jasé, bref le bonheur de la famille. Les commentaires, les rires et autres sourires. Finalement des conseils et puis un recul assez étrange, comme si tout cela était normal. Moi la grande, l'ainée, je testais la vie, l'amour, la rencontre de l'autre. 





Là, j'hésite, des soldes, une robe rouge, elle me va si bien, mais cela fait too much quand même me dit ma meilleure amie. Je vais attendre, mais je redoute l'été, les vacances, les distances, l'oubli. Je vais vivre l'instant présent mais il va bientôt se finir, mi-juin ce sera vacances.


Mots & Emotions





lundi 18 mai 2015

Pause

Lundi, repos, pas de pont ni de rtt à profusion dans mon métier, plutôt du boulot, encore et toujours et cela malgré les trop nombreuses absences des fonctionnaires qui récupèrent les heures dormies au-delà de leurs rituels de 35h. Un pays, une société, un système à deux vitesses, des inégalités à sens unique.

Alors aujourd'hui, je me suis offert une pause, un début de semaine au ralenti, une longue nuit dans ses bras, un réveil tardif, sans lui, parti au travail, un agenda indéfini, pas de téléphone boulot, une bulle juste pour moi.

J'ai pris de temps de me doucher longuement, d'essayer les crèmes miracles ou simplement si doucement parfumées que je stocke sans prendre le temps de les étaler soigneusement pour nourrir ma peau, lui donner du soyeux, du bonheur et cela avec mon parfum. Grand soleil dehors, j'aère les pièces, je regarde la terrasse, les fleurs vont bientôt percer leurs boutons, les arbres du parc en face sont verts, l'air est frais, agréable.

Le temps aussi de regarder mon dressing, un peu de rangement, un peu de classement, pour enfin remettre les doudounes et autres pulls en haut , et sortir des couleurs d'été, des jupes, des tailleurs, des tops plus légers, des matières fluides qui coulent entre les doigts.




Voilà si longtemps que je n'ai pas pris ce temps, pour bosser, beaucoup bosser, pour moi, pour mon cabinet, mes associés et moi-même, pour les clients, pour s'assurer un beau train de vie, mais finalement, si peu de voyages, trop de fatigue, si peu de restaurants, trop de dossiers, si peu de balades shoppings, pas de temps du tout. Je ressors des affaires achetées à la hâte un jour de soldes, en attendant un rendez-vous, un sac presque oublié, une jupe rose, belle idée, ce sera parfait pour égayer mes prochaines semaines. Des chaussures, je mets souvent les mêmes, et pourtant je ne manque ni d'escarpins, ni de ballerines, ni de modèles intermédiaires. Des bottines neuves, jamais mises, juste posées là. Je les essaye, je marche dans l'appartement, je suis bien, un peu sur la terrasse, la main frotte les épices, les herbes. Des parfums nature, moi, la mode, le printemps.


Je suis tranquille, j'ai pris le temps de classer et de lire enfin des livres offerts à Noël dernier, des romans, des espaces de liberté pour m'évader. J'en ai tant besoin, je profite. Du thé, du thé fumé surtout, des chocolats noirs, ceux que nous aimons tant tous les deux.

Lui, quelques sms, des réunions, il m'envoie sa bonne humeur, son envie de rentrer plus tôt.

Belle idée.

Et si justement, nous prenions du temps pour nous, pour ne plus succomber à la fatigue, ni aux câlins rapides avant de repartir vers un dossier sur l'ordinateur. Si nous prenions le temps de nous poser dans les pièces de ce bel appartement, surtout entre table de salon devenu bureau commun, chambre pour les épuisés que nous sommes. Respirer, prendre une grande goulée d'air, expirer doucement, couper les téléphones.

Une commode, une dressing fait sur-mesure pour moi, des tiroirs agencés pour mes très nombreux ensembles de lingerie, mon plaisir à fleur de peau, je fouine, je ressors des ensembles plus séduction, des jarretelles, des serre-tailles, des nuisettes, des bas nylon. Et si je le surprenais ce soir, en l'attendant ainsi. En le capturant dans mes fils de soie, en le bloquant contre moi, juste une fine dentelle entre nous.

Vivement la fin d'après-midi, juste assez de temps pour ressortir des ensembles luxueux oubliés, juste le temps de penser de plus en plus fort à lui. Prendre du temps pour nous.






Mots & Emotions


vendredi 15 mai 2015

Quelle réalité nous vendent-ils ?

Chaleur de l'après-midi, vent sournois qui soulève les jupes et rappelle que l'été est encore loin.

Je pousse une table, je me glisse sur une chaise, là sur cette terrasse de café,je commande un schweppes citron. Contemplative, naturellement, je pose mon téléphone, je l'oublie même car le silence malgré la centaine de CV envoyés la semaine dernière, m'agace et me terrifie.





Sobrement, je laisse mon regard voguer sur la population, je flâne avec mes yeux, immobile, cherchant le détail de mode des unes, les silhouettes des autres. Homme ou femme, je ne suis bégueule, tout est sujet à mon plaisir visuel. Un décolleté savant d'une chemise en coton ancien, caché par une écharpe de coton mou indien, une coiffure courte qui va si bien avec le sourire de la demoiselle, deux amoureux plus loin, lui n'ose pas, elle parle. Enfin ils s'arrêtent, lui ose, les lèvres se rencontrent, elle l'enlace, n'attendant que cela peut-être. Lui là-bas avec son téléphone, une veste d'été sur l'épaule, une chemise un peu vieillotte,  un pantalon droit, mais une paire de fesses bien rondes, un bonheur visuel. Non je ne regarde plus ailleurs, j'attends juste de trouver le zoom pour apprécier la courbe parfaite, pourtant le visage est quelconque, je préfère définitivement le verso.





Une robe bleu, une robe noire et beige, deux collègues ou deux copines, elles parlent avancent vite dans la rue, rien devant elle. Un couple de personnes âgées, une course folle entre lui et sa jambe raide et madame un peu ronde, pas très habile pour escalader les trottoirs, ils se faufilent entre poubelles, voitures mal garées, arbres stressés par le goudron ambiant et quelques crottes de chien impolis, enfin surtout leurs maîtres. Un groupe de jeunes fument, ils causent et tapotent leurs téléphones, cet organe bientôt greffé sur eux en direct. Des jeans uniquement ! 

Là-bas un skateur, les cheveux au vent, l'allure du surfeur cherchant sa vague, précoce avec son short et son tee-shirt débraillé. Je bois mon verre, j'ouvre mon magazine en attendant le prochain rendez-vous. Des publicités, des gens parfaits, des jeunes filles plutôt que des femmes, mais malgré mes vingt ans passé, je ne me reconnais pas en elle, surtout quand quelques pages plus loin, elles vantent des crèmes anti-âge, mais elles n'en ont pas d'âge. Etonnant choix, plus étonnante encore notre inconscient et son interprétation naturel, formaté par la publicité ou peut-être lassé par ce vide, ce gouffre entre leur vision et notre réalité.






Moi, je suis blonde, enfin depuis ma première teinture, je me sens mieux ainsi, et plus personne sauf ma mère et mon père se souviennent de ma couleur d'origine. Une petite poitrine, des hanches, un début de cellulite tout en faisant du sport, attention à mes repas, et en bougeant souvent à pied. Bref une personne affreusement générique comme mon copain, qui se décrit ainsi. Ni belle, ni moche, avec des yeux marrons pas en amande, ni un nez de princesse, juste un trait d'eye-liner derrière des lunettes. Standard mais avec son charme, belle avec une petite robe noire, souvent en jupe car mes jambes restent un atout, mais pas un modèle photo. Mais je m'assume avec mon corps, mes hormones et son amour. Celui-ci est si fort, qu'il m'a permis de gommer des doutes, de croire en cette petite robe l'autre jour, de voire la mode plus en féminité.





Mais cette femme, enfin cette jeune femme pour ne pas jeune fille sur la publicité des collants, ok elle a des jambes immenses, une taille de guêpe, mais aucune forme sauf celle d'un tube. Je ne suis pas jalouse, juste amusée du décalage entre elle, moi, les autres là devant moi. Aucune lui ressemble !

Et çà ne fait pas rêver pour autant !



Mots & Emotions


jeudi 14 mai 2015

Sombrer dans la nuit

Petit matin, heures indéfinies. Dormir, enfin m'écrouler, après la fête d'hier, trouver un coin et sombrer.

Ah les études, les heures de travail accumulées à l'agenda des cours, des TP et puis surtout les transports. Une pensée à notre société qui a voulu des diplômés, en oubliant de construire des universités modernes avec des chambres à côté, surtout à un prix raisonnable. Alors hier après-midi j'ai bossé dans un magasin, un nième boulot, de vendeuse, précaire, au gré des envie de patrons exploiteurs. Ils n'ont qu'à tendre la main, elles sont dix, vingt cinquante à attendre ma place. Parfois il mate mon derrière, je le sais, nous le savons toutes ici, surtout depuis qu'il a imposé une tenue "plus marketing, plus accrocheuse" à chacune de nous. Tee-shirt blanc, moulant, une taille en dessous, demandez à Clara avec son bonnet D, elle frise l'explosion. Une jupette noire courte, vraiment mini-jupe, un collant opaque noir que nous avons demandé car il devenait impossible de se pencher. On dirait des hôtesses au salon de l'automobile. Bref, j'ai bossé, j'ai vendu des fringues, rangé le stock, réceptionné des cartons, poussé le tout au fond du magasin, souri à des clientes polies et aussi impolies, nettoyé, compté, recompté. Vannée mais ensuite je suis rentrée dans mon petit appart, un studio exactement. Un truc avec quatre murs précisément, un lit, une table de travail, pas vraiment pour manger, un coin évier-cuisine, une douche et un lavabo, des toilettes, une surface géante dont je ne veux pas savoir les dimensions, je connais le prix du loyer. J'ai bossé tard, passant quelques coups de fil à mes amies, m'épuisant sur des devoirs, des préparations de droit fiscal, mon avenir.





Aujourd'hui, j'ai filé en jean et chemise colorée aux différents cours, et après ? Un retour rapide à mon petit chez-moi, une balade dans le frigo vide, une salade et une soupe, un bout de fromage, juste le temps de prendre une douche, une ponctuation de fin de semaine avant l'heure avec le pont. Un jour de repos, non deux, enfin quatre avec le week-end car la patron ferme la boutique. Pas payée mais libre. Du temps, ce qui me manque le plus.


J'ai profité sous la douche, comme une renaissance, un long moment de bien-être, avec un lait d'avoine léger sur ma peau, doux tant dans sa texture qu'avec son parfum. Je connaissais mon occupation du soir, une sortie entre filles, toutes célibataires ou presque, sans aucun mâle, notre rituel de papotages, de ragots aussi, de bonnes affaires et de mode, de détente assurée. Toutes dans la même tranche d'âge, des études en cours ou un premier boulot, la confusion parfois dans nos têtes entre la société vendue par nos politiques et la réalité amère du marché du travail. Mais ce soir on oublie cela, on positive, on rit, on sourit, on réconforte parfois, on se marre, on rigole parfois même dans sa première acception. Ce soir, petit resto dans un coin du Marais, notre bande. J'enfile de jolis dessous liberty jaune, une folie pleine de couleurs, un bonheur d'été, tout cela sous une robe jaune dégotée dans la boutique de mon labeur. Un coton léger, un jaune vif, banane, une petite noeud noir à la ceinture, plutôt d'ailleurs sous la poitrine, comme pour marquer un effet taille haute. Je l'adore. Des bas plumetis, des talons, ceux que je ne sors jamais, ni pour les études, ni pour les transports, ni pour le job.





Je me sens femme, je me sens bien. En riant, je verrai bien les bras de mon amoureux autour de moi. Encore faudrait-il que j'en trouve un, juste à caler dans mes horaires de la semaine, pas trop encombrant, mais juste réconfortant, pas trop collant, mais bien présent quand je le veux, quand j'en ai besoin.

Ce soir, je suis épuisée, on a dansé, chanté, parlé, crié. Une soirée par hasard, une autre bande dans le même resto, on les a suivi pour finir dans un loft géant, de la musique, des gens sympa, des jeux de lumière toute la nuit. Des canapés, des mezzanines pour boire, parler encore malgré le bruit, rencontrer des nouvelles têtes. J'ai bu un peu trop probablement, plus la fatigue. Des souvenirs oui des remarques et des compliments sur ma robe, des sourires, un regard aussi, plus fort d'un beau mâle, jusqu'au retour de sa blonde aux yeux énervés. Un grand rire, du bon son ainsi qu'un coup de fatigue. Là maintenant, je suis lové dans un coin, entre deux fauteuils, je me suis écroulé. Je dors.






Mots & Emotions