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vendredi 3 juillet 2015

Enfin réel !

Eté, chaleur, rencontres, le hasard des moments virtuels qui deviennent réalité.

Je dois croiser enfin, oui enfin, cette personne cachée derrière un pseudo. Tant de messages échangés, de rires, d'émoticônes pour renforcer nos pensées, d'autres messages, pas de drague, mais des longues discussions, toujours et même parfois durant des nuits d'insomnies. Des interrogations, des entrées dans l'univers de l'autre, des questions et des réponses, parfois des silences, des semaines d'intenses activité, d'occupations ou de vacances, et toujours ce plaisir, le mot est juste car ce n'est pas une routine, de recroiser de nouveaux messages.

Alors nous avions pris le temps de nous connaître, malgré nous, sans cette quête d'un coeur, ni même de moindre volonté, ni d'un côté, ni de l'autre, juste une amitié du net. Plus qu'une relation car parfois des confidences viennent, passent, trouvent des réponses.






Se voir, un instant magique, presque redouté, pas souhaité d'ailleurs au départ. Chaque coin de la France ou du monde, le net est une toile trouble, opaque, mais les mots la traverse. Ainsi des émotions plus que des sentiments, nous en avons beaucoup échangé. Des rires souvent parfois des tristesses et des doutes, car cette proximité non envahissante et sans jugement a des avantages. Nous avons parlé, longuement parlé de tout et de nous. Par petites touches, sans trop de curiosité, mais finalement avec des indiscrétions, des joies, des folies passagères, des parenthèses joyeuses, sans aucun risque car nous n'avions jamais envisagé de nous voir.

Mais là, j'ai hésité avec mon image, que lui montrer de moi ? Chaleur d'été, jupe, escarpins ou ballerines, top, pas trop court, mais pas trop chaud non plus. Ne pas trop en faire. D'ailleurs, je ne le connais pas vraiment du moins physiquement. Un paradoxe à notre époque, car au début de nos contacts, c'était le jeu de deux pseudos sans visage. Longtemps d'ailleurs. Puis quelques photos, après des mois. Pas trop claires, juste d'ambiance, juste sur nos profils fb ou tw, des extraits de nous. Alors oui aujourd'hui, je ne cherche toujours pas à lui plaire, d'ailleurs cet homme est marié. Juste un ami virtuel devenant réel.

Jupe bleue ou jupe framboise ?

Comment sera-t-il ?

Les mots en vrai, des phrases sans le tempo et les corrections du clavier, des doutes. Est-ce une bonne idée de briser ce flou de nos corps réels ?

J'hésite encore. Ce rendez-vous peut-il changer un bout de moi, mon image dans ses yeux. Lui, moi, nous, deux amis. Nous verrons, nous nous verrons enfin.



Nylonement



lundi 29 juin 2015

Danser

Dernière semaine de travail, si toutefois il y avait une fin, juste un détour.

Dernière répétition avant le départ, l'envol vers l'étranger avec notre ballet au complet, notre spectacle, nos pas affûtés. Toute l'énergie est en nous, d'ailleurs tous ensemble nous formons tellement un tout indissociable que nous sommes restés à dormir sur place, à vivre en lieu clos, pour n'être qu'un. Des complicités loin des luttes des premiers jours, maintenant chacune à un rôle précis, des mouvements liés aux autres, et tant d'actes solo. Nous sommes un groupe, dans la chaleur des salles, dans le même épuisement, dans le même sursaut pour réussir, dans le même geste pour nous soutenir. 








Un tout, des pas de danses, les mêmes et pourtant tous différents pour atteindre et rester au niveau de l'exceptionnel, de la perfection au naturel. Ecole de souffrance, de douleurs, de doutes, tant physiques que moraux, je n'ai jamais baissé la tête, j'ai toujours voulu atteindre ce zénith, cette lumière en moi, volant au-dessus du parquet, ne sentant plus mon corps, mes pas, mes chaussons, juste en harmonie incroyable avec la musique, avec les autres. 

Un tourbillon, encore hier soir, encore aujourd'hui, demain devant un public, j'adore cet effort impossible, les limites toujours plus inatteignables, le final, les applaudissements. J'aime danser.



Ce matin, les vitres ouvertes, un peu d'air frais, la semaine sera longue, chaude, épuisante. Terriblement fascinante aussi.


Nylonement

mercredi 24 juin 2015

Sable fin

Contempler le soleil, son effet magique sur la nature, sur la fin de journée, ce coucher délicat du rond solaire sur l'horizon marin, depuis la terrasse, jamais je ne me lasse de cet instant-là. Seule sur le plancher en bois, les pieds nus, avec juste le minimum de coton blanc léger, je savoure les derniers rayons, le soleil chaud qui a embrassé ma peau toute la journée. 

Un regard perdu au loin, je pense à nos derniers jours, les dernières heures, dans le lit, la porte-fenêtre ouverte, le vent sur nos corps enlacés, l'un dans l'autre, charnellement en fusion. J'adore faire l'amour avec cet homme, avec cet amant car c'est bien là son statut. Croisé par hasard, une réunion de travail, un coup d'oeil, un projet tardif, un dossier long, trop long et après quelques jours une proximité. Juste après le point final, l'envoi au client de notre réponse, nous avons bu un verre, dîner ensemble pour marquer cette étape et nous avons écrit la suivante, hors contrat.





Bientôt six mois, de longues semaines sans vraiment se voir, des projets ici et là, géographiquement éloignés, mais toujours le même plaisir à nous rencontrer, sans restaurant, juste un hôtel, une chambre d'hôte, une balade, un lieu éloigné pour s'embrasser, parfois et souvent s'embraser. 

Je suis célibataire, il comble mes envies, mes pulsions, mon bonheur que mon corps demande, même si ma vie ne semble vouloir s'alourdir d'un mâle à plein temps. Une distraction, un corps à ma disposition, le mien aussi pour lui, une harmonie sans sentiments. Ma soeur, curieuse de tempérament ne comprend pas ce modèle, elle, mariée, mère d'une petite fille, enceinte du futur garçon, bien dans le moule d'une vie de routines, elle n'a pas compris mon choix, mais c'est le mien.

Des week-ends, des soirées, des RTT à évacuer de mon stock de workholic, je me détends avec son corps, avec nos galipettes. Je revis après chacun de ses départs, je me repose alors de nos folies, rangeant mes dessous oubliés ici et là sur le parquet, mes escarpins perdus dans l'entrée. Comme dans un film, comme dans un rêve voire un fantasme pour certains, nous nous aimons pour cela, uniquement pour satisfaire nos envies. 










"Mais il y a bien des moments sans sexe, vous vous parlez de quoi ?" la fameuse question de ma soeur. Nous dissertons sur la vie, parfois la sienne, parfois la mienne, nos boulots, nos vacances, nos prochains possibles points de chutes. Ensemble nous flânons, de boutique de mode vers les boutiques de lingerie, une consommation démultipliée, un plaisir personnel aussi. Des chaussures aussi, des moments de charme mais toujours sans sentiments, il devient alors un ami, même si son regard sur la nuisette de soie, sur la longueur de ma jupe, porte en lui déjà les prémices de nos glissades. Robe légère, dans le vent chaud du soir, je ris de tout cela car je ne souhaite pas réellement de réponses, de frontières définitives, et puis j'assume ne pas l'aimer, mais avoir fortement envie de revenir ici. Pour refaire encore l'amour le soir, sur ce canapé souple sur la terrasse, dans la nuit, avec le bruit du ressac sur le sable fin.



Nylonement



mardi 16 juin 2015

C'est l'été

Un coup de soleil, des rayons cosmiques qui inondent notre planète bleue, un peu grise aussi, il pleut de la lumière.

Lasse de cette soudaine chaleur, programmée sur le calendrier, à date fixe, je me suis assise sur un banc, dans ce square, au coeur de la ville, entre nature et bruits urbains. Des bancs et autant de scènes de vie, ce mélange qui fait notre diversité, notre société, notre vie en général. Peut-être là mon prince charmant, car mon célibat me pèse deux fois par an, comme des hormones calendaires. A l'automne où quand le soir devient un ami de chaque sortie de bureau, le sombre, le vent, le froid et le vide à la maison, il n'est pas là. Certes le dernier, je lui ai recommandé de partir, je l'ai même foutu dehors après une semaine de prise de tête, on avait plus rien à vivre ensemble, après seulement une petite année en duo. Donc célibataire, triste aussi à l'été venu, car l'inutilité des petites tenues, des petites robes sans compliments, des instants câlins sur le canapé, cette envie commune de faire l'amour avec la chaleur à tous instants, tout cela a disparu. Enfin pas complètement, une partie. Oui j'ai envie, mon corps pétille et je ne vous ferai pas de dessins. J'ai un manque réel.




Alors optimiste, pas encore non plus sur l'option rouge "je suis en rut", je regarde les mâles en présence, dans ce square, pour ce début d'été. Je ne chasse pas (terme si joli utilisé par ces même mâles quand ils observent , en bavant nos morphologies, bref nos corps de femelles). Là, un nouveau père, il donne à manger à un bébé, deux même, des jumeaux, un sac, des cuillères, des bouches avides de ce repas en boîte plastique. A côté deux grands-mères attendries, cherchant de quoi les occuper, c'est long la retraite quand leurs hommes sont définitivement froids. Elles papotent. Là-bas dans l'allée vers les jeux d'enfants, un geek branché sur sa tablette, captant même pas l'air du temps, juste le wifi pour commander un repas bio dans le restaurant d'en face. Un hipster total avec la barbe impeccable mais longue comme jamais. Peut-être sera-t-il un jour Père Noël car franchement les poils s'est dépassé, sectaire et moche surtout. Et puis çà gratte, oui là, enfin !

Plus loin, deux types, douze bières plus ou moins vides, des clodos, des heureux pensionnaires à temps complet du lieu, ils hèlent les mamans avec poussettes, entre galanteries de comptoir et grossièretés bien grasses. Qui étaient-ils avant d'arriver là ? Plus loin, deux cadres, costards, téléphone à la main, toujours connectés à un  travail ou des messages urgents, ils dévorent deux sandwichs carton et sans goût du magasin bio, je sais j'ai goûté à cette saine saveur sans aucun goût. Même le papier qui enveloppait le tout semblait plus savoureux. Et ces deux-là, aussi fades. Ils doivent parler de conseils, de stratégies, d'investissements financiers, de bourse et de tristesse. Pas vraiment de femmes, car celles-ci ne sont que des excuses dans leur cv. Un complément de déco et de mode pour les accompagner dans leurs belles voitures, dans les soirées, et optionnellement pour faire des enfants, pardon, pour prolonger la dynastie du nom de famille. Romance du missionnaire, chaque jeudi soir. Je suis exigeante, peut-être !

Personne et pourtant je devrais attirer les regards, avec cette petite robe patineuse, achetée fort chère avant les soldes, pour ne pas passer l'été seule. Tout est là, vernis, jambes nues et impeccables, pré-bronzées, robe courte, talons hauts, les lunettes et mon sourire. Ok ce lieu n'est pas St Tropez, mais rien, aucune touche, aucun regard, rien. Et pas de prince charmeur.

L'été va être long, chaud, très chaud.




Nylonement
Mots & Emotions



lundi 15 juin 2015

Ma nouvelle Amy

Un café, un nouveau lieu pour travailler, un coin tranquille, un quartier morne sans être triste, un bout de trottoir, un peu de fraîcheur sous les platanes de l'avenue, un menu, je suis en avance. Exprès pour éviter la cohue, pour éviter la foule et les impolis de tous poils, je déjeune plus tôt, comme une exception touristique, une autre table aussi proche de moi, deux personnes traduisant avec leurs téléphones les plats.







Et puis j'aime prendre les repères pour une mission de quelques mois, sentir les rues environnantes avant de m'enfermer durant des heures devant un clavier, une machine, des écrans. Soupe froide, légumes grillées dont j'hume le parfum en terrasse, j'hésite. Elle, non pas une serveuse mais elle, réincarnée, non pas copiée mais présente. Amy, la serveuse du lieu, une version dark de l'habituelle et dévouée passeuse de plats, elle aide les voisines dans un anglais impeccable, un naturel étourdissant et j'en oublie ma carte.


Baskets noires avec des noeuds de dentelles, des pics de métal, un collant noir et graphique malgré la saison, des jambes merveilleuses, une jupe crayon entre vinyl et jersey, une coupe originale, un chemisier blanc, eh bien non, elle sert en noir intégral. Version gothique, dentelles, voile noir, doublure noire et ainsi une élégance bien à elle, un serre-taille corseté à la taille. Surtout avec sa coiffure et ses yeux. Deux détails, deux fulgurances de sa féminité, de son allure, elle rayonne avec deux traits parfaits d'eye-liner à chaque coin de ses yeux noirs, des cheveux en version roulé-rétro, une star est là. J'observe tant que je déguste cette personne que l'on pousserait hors de nos normes, de nos frontières dans des cases noires et blanches du costume de serveuse parfaite, une personne différente et étonnement normale. Efficace, même face à mon blanc, mon silence, perdu dans mes pensées, ma carte effacée devant moi, j'ai commandé une soupe et une assiette de choses grillées. Quelle sauce ? elle insiste avec un sourire et cette voix chaude. J'hésite, je ne sais plus, je ne vois qu'elle, sa beauté, sa vérité.




Durant les jours suivants, je ne suis pas venu la draguer, juste l'admirer et quand un soir, après une réunion tardive, je suis passé ici, elle faisait le service, dans une demie pénombre. Ais-je rêver ? mais elle chantait entre les tables, les clients hypnotisés mangeaient. 






Mots & Emotions
Nylonement


mardi 9 juin 2015

Oublier son nom

Pour mille raisons, j'aimerai tant oublier ce nom, celui qui fût le sien, puis le mien, du moins le nôtre quand nous nous aimions. Encore !

Quand tout ceci n'était que bonheur avec des sentiments, avec des enfants, des balades, une maison, des jours heureux et puis la fêlure de la routine, les habitudes du boulot, l'ennui et la fatigue, les causes devenant les conséquences, l'usure. Le vide, même si nous avons cru à un retour, à une possible autre opportunité d'être de nouveau un couple, mais lui, mais moi, mais tous les deux, nous n'y croyons plus déjà. Un autre homme, un collègue, lui et son boulot, même si je soupçonne une charmante collègue ou cliente d'avoir partager des séminaires, bref des infidélités dans un couple ou il n'y avait plus de lien. Le vide plus présent.





Nous nous sommes séparés, mais l'administration s'est acharné à me planter des aiguilles sur le corps, un tatouage involontaire, son nom, indélébile. Toujours ce nom, ici sur un compte en banque, ici sur des actes de propriété, des factures, des rattachements inodores quand tout va bien. Déjà cinq ans que je suis loin de lui, avec un tribunal minable qui fait traîner avec bonheur les divorces. Des frais et surtout des papiers, toujours plus de papiers, de justificatifs et toujours son nom. Comme une interdiction d'être moi-même et pourquoi une autre. Je suis bloqué dans le système, victime d'un complot nominatif, souhaitant non pas redevenir une jeune fille, mais appartenir à une neutralité agréable, celle de ma carte d'identité, de mon permis de conduire. D'ailleurs je ne suis qu'un prénom pour mes collègues, pour mes clientes, pour mes enfants. Et pour lui aussi !

Mon nouvel homme, mon compagnon, pas mon mari, d'ailleurs aurais-je envie de me remarier ? de prendre son nom à lui ? Est-ce vraiment une preuve d'amour ou de soumission naturelle à un machisme naturel hérité depuis des siècles ? Je veux rester un prénom et un nom machin, celui de ma famille et pour autant l'aimer ce monsieur truc. Que la vie semble plus simple sans ce détail, mais toujours agaçant quand il faut mettre à jour des papiers, pour des choses personnelles, qui ne concerne que moi en propre, et le dessous de l'iceberg qui resurgit. Avec toujours cette question sur mon statut de femme mariée, divorcée ... mais qu'est ce que cela peut leur faire, je suis amoureuse, c'est tout, juste une femme amoureuse.

Vivement que ses bras m'entourent, ses mots, mon prénom. Lui et moi.



Nylonement
Mots & Emotions




mercredi 3 juin 2015

Vieillir avec toi


Les voir avec leurs portables, leurs extensions artificielles de leurs corps, noyés dans des informations probablement utiles, entre deux applications inutiles, je me demande si c'est l'âge ou juste une déconnexion volontaire de mon humanité naturelle qui refuse cette futilité moderne.


Pourtant je ne suis pas non plus une militante bio habillée avec des sandales cousues main, une robe en laine bio, prônant le monde meilleur en revenant dans la passé illusoire, ni envisageant même le retour à l'époque pré-historique, entre graines et viandes rares. Je ne suis pas passéiste, juste une jeune femme actuelle mais refusant la modernité pour son manque de transparence, pour couper volontairement ce fil à la patte, pour vivre sans applications, et savoir encore parler et même écrire sur du papier avec de vrais humains en contact avec moi. Je téléphone mais je ne fais pas de selfie, pure invention inutile de la flatterie auto-proclamée, partage encombrant de la vie personnelle, de l'intimité et de nourritures diverses. Peut-être un complot ;-) discret des chefs du monde entier sur notre art de vivre, sur notre besoin de montrer ce qui nous nourrit.


Certes je profites de la fonction sms à volonté, je partage  des milliers de bisous virtuels avec lui, pour rester en contact, pour le savoir avec un sourire, pour lui dire encore et toujours que je l'aime. J'en reçois aussi, des petites phrases, quelques belles déclarations, des invitations et puis aussi des surprises, sa fantaisie à lui.

Depuis des années, nous vivons ensemble, sans jamais nous lasser, toujours fusionnels, toujours passionnés, bloqués sur le mode séduction. Oui, j'ai envie de vieillir avec lui, simplement, naturellement, sans artifices, bien dans notre époque.

Dans ses bras !



MOTS & EMOTIONS

mardi 2 juin 2015

Eté ou presque

         

Un coup de chaleur, le mois qui change sur le calendrier, les vacances qui se discutent encore entre la machine à café, les projets à rendre et les clients, mais est-ce vraiment l'été ?


Car en prenant le métro, j'ai eu un doute, pas sur le lieu, mais sur la destination. J'ai pris le temps de regarder les nouvelles lignes desservies, les changements possibles et surtout les lieux. Cherchant la plage, le sable chaud, les galets ou les rochers, les coins de calanques, les piscines et autres océans non indiqués auparavant.

Pourquoi ce doute ?

A la vue des tenues parfois très légères (je garde certaines anecdotes pour moi, souvenirs passés revenus à la vue d'un détail bien réel), des dentelles, des guipures, des transparences, des jupes courtes, des shorts trop mini, des tenues de plages, il ne manquait que la paréo. Rien de plus, rien de moins. Certes il y a eu deux jours de soleil, des week-ends prolongés mais finis, des mois d'été à venir, en ajoutant des climatisations torrides voire tropicales dans certains immeubles, mais quand même. Réfléchissons, à moins que ce ne soit un défilé de mode balnéaire, et que le wagon suivant contient juste les créatures en maillots de bain. J'avais froid pour la demoiselle dont je devinais, du moins lisais les tatouages, ici et là, mais vraiment là juste au-dessus des fesses. Poésie ou voyeurisme aigu, je n'ai fait que regarder, ce qui était plus que déballé. Choqué, par vraiment, à mon âge et avec ma sagesse très personnelle, j'aime l'esthétisme, mais je l'apprécie à certains moments, certains endroits, certaines saisons.




Les tenues peuvent être plus légères, certes, jouant de matières plus souples, plus fluides, plus aériennes, mais masquant le minimum, car comment travailler ainsi dans un bureau, les fameux open-spaces si froids, si tristes. Ah voilà, c'est un moyen de réveiller l'esprit d'équipe, de fédérer les regards, les initiatives, les comportements "corporate". Je préfère le voile léger, celui d'une paire de bas, mais masqué de tous, inconnu, non divulgué. Parfait pour cette mi-saison !


Bientôt l'été viendra.


Mots et Emotions
Nylonement



lundi 1 juin 2015

Une nouvelle vie

Indépendante, avec une belle réussite professionnelle, je donnais l'image de la jeune trentenaire radieuse, belle et toujours souriante, une executive woman flamboyante. Parfois malgré tout, entre deux tranches de rôti de boeuf du dimanche, dans une discussion entre amis, dans des soirées où les mariages s'annonçaient, les premiers enfants naissaient, j'entendais la petite phrase "alors cet amoureux, tu lui laisses un peu de temps pour te rattraper ? tu nous le présente quand ? ..." d'autres versions qui amenaient parfois d'autres interrogations plus fortes "tu n'es quand même pas seule, toi c'est impossible!".





Indépendante, cadre impliquée et souvent en déplacement mais aussi, femme féminine, voire sexy quand il le fallait, quand il était là justement. Oui il y a avait bien un homme dans ma vie, discret, car je n'avais pas trop de temps, pas vraiment de sentiments pour lui, mais une réelle complicité qui se prolongeait au lit, souvent. Un sex friend pour les raccourcis, un bon ami, un  bonheur à deux dans nos agendas occupés, des plaisirs partiels pour les autres, du bonheur plein pour nous deux. Certes les sentiments avaient fait au bout de deux ans  un peu pression, mais il était marié, heureux, papa, serein dans son boulot et avec moi. Rien n'avait été caché, rien n'avait été promis. Et de mon côté, rien n'avait été demandé ou exigé, mais plus encore j'aimais mon célibat pour ces instants calmes, sans personne, juste pour moi. Egoistement peut-être, mais j'aimais ma solitude.


Indépendante, plus vraiment depuis que ce retard de règles, ce test acheté et posé sur le bord de la baignoire, une barre, de l'attente, deux barres bleues, positif, un test positif, je suis enceinte. J'aurai pu pleurer, de joie, de rage, de peur mais je suis allée sagement prendre un thé. Je devenais maman, de façon un peu impromptue certes. J'avais pas de contraception, nous utilisions des préservatifs pour garder notre liberté, nos corps sains. Mais récemment, après deux semaines sans se voir, nous avions très envie, très très envie. Bref, nous avons fait l'amour, dès la porte refermée, là, le string au milieu des genoux, la jupe relevée, collés au mur, comme des amoureux fous, sans rien. Mon cycle, le nombre de jours, enfin bref, nous avons rien calculé, juste cédé à nos envies, nos pulsions. Mère, un nouveau statut. Envisageable, peut-être. Pourquoi pas après tout.








Seule ou avec lui, la question serait plus tendue probablement, même si nous en avions ri un jour, sans l'envisager, juste pour se dire "et si on faisait un enfant ensemble". Ce n'est pas un lâche, juste mon ami, mon amoureux de lit, mon pote, mon duo pour m'évader, mais aucunement mon compagnon, encore moins mon mari. Et puis pas envie de casser son couple, sa famille avec un enfant, un bébé à venir, pas celui-là, mais celui dans le ventre de sa femme. J'ai passé deux semaines à continuer à vivre normalement, sauf avec quelques nausées, à penser à ce bébé en préparation. Jamais je n'ai hésité à savoir si je le gardais ou pas. J'étais maintenant maman, sans père officiel. Avec un sourire, j'anticipais ma modernité, mon indépendance financière, ma vie de femme et de mère. Les mots des autres, les jugements et les préjugés, je m'en tape. Lui, je vais lui annoncer. Mais toujours ne rien exiger.

Je fais un bébé toute seule, je suis heureuse.



Mots & Emotions


dimanche 31 mai 2015

Bonheur du dimanche

Alors que je serai sur le golf, seule dans une foule de joueurs et joueuses, concentrée sur une petite balle facétieuse certains jours, je penserai à elle, ma mère. Un dimanche comme un autre, un dimanche de fête des mères, un dimanche au goût de nostalgie.






Toi, car je peux te tutoyer même si longtemps tu a affirmé ton rôle avec une réelle présence, une profonde distance et en compensation un amour moelleux entre tes bras. Tu savais,  du moins comme tous les parents tu tentais de porter le rôle de l'éducation infaillible, du parent qui donne l'exemple, qui guide sur le chemin de la vie, du parent qui connais les bonnes et les mauvaises choses de cette route nouvelle devant moi. Stricte d'une main, fragile et épouse rayonnante, toujours féminine avec une simplicité due à notre aisance financière très relative, plutôt modeste, tu savais t'habiller de peu, être celle dont on regardait le ruban dans les cheveux, les chaussures bien choisies, les robes corolles taillées et cousues à la main, tombant impeccablement. Et puis tu donnais ton coeur, à tes enfants dont moi. J'aimais prendre ce temps, partager avec toi des heures dans la cuisine pour apprendre à faire des choux à la crème, voir ton sourire anodin à l'époque quand je pouvais goûter, mettre mon doigt dans la crème, ce sourire inoubliable maintenant. J'aimais être trop petite, juchée sur un tabouret pour essayer de battre des blancs en neige, ou ma première mayonnaise. Ma première fois que l'on mangeait tous ensemble autour de la table du dimanche, des oeufs mimosas, et que la magie de la cuisine avait fait de moi, la star relative d'un instant, le jaune d'or se mêlant avec les jaunes écrasés. Les feuilles de salade verte du jardin de mon père, les demies coquilles de blanc d'oeuf, la fameuse mayonnaise, le jaune, les fourchettes, les bouches, les sourires. Aujourd'hui encore en croquant dans ce simple plat, je revois toute la famille, toi, moi, ma fierté, mon bonheur.

Et puis j'aimais tant ta voix douce, le soir, pour lire des histoires, pour m'aider dans mes devoirs, pour me parler en rentrant de l'école, pour me dire que j'allais un jour devenir femme, peut-être mère. Aujourd'hui, je pense à cela, pendant que d'autres calculent leurs coups sur le parcours, que d'autres se montrent leurs grosses montures, se mesurent d'importance en caressant des carrosseries métalliques symboles de leurs réussite ou de leur pouvoir. Des gosses en version adultes, avec des réflexes primaires. Je pense à toi car contrairement à tes autres enfants, mes frères et soeurs, je ne suis pas devenue maman. Juste profondément femme, active et brillante avocate, reconnue pour son éloquence, parfois son élégance aussi, sobre mais féminine, redoutée pour ses attaques, ses leviers qui déplacent tout l'échiquier de mon côté en quelques coups, je suis un peu de toi.








Heureuse oui, libre oui, sans enfants oui et non, j'ai vécu, beaucoup travaillé, oublié le temps de la séduction après une histoire trop forte avec un homme, finie par son infidélité. J'ai douté, pris mon travail comme premier compagnon, laissant les années filer. Le jour où mon prince charmant est venu, tu riais de cette expression, car le tien, mon père, était rustique, sans cheval blanc, mais profondément aimant. Donc le jour où le hasard me l'a mis devant les yeux, je l'aimé quasi immédiatement, j'ai pris avec moi ses deux enfants, ses deux filles, je suis devenue belle-mère, mais cela n'a plus d'importance. Car je suis femme et aimée autant qu'amoureuse de cet homme. D'ailleurs il arrive, nous allons jouer ensemble. Pas de fête de famille aujourd'hui, un jour comme un autre, presque, je laisse mes pensées s'envoler vers toi, partie depuis quelques années. La symbolique du jour m'échappe un peu, car je crois fermement, à la liberté affirmée des femme, à une vie souriante, comme dans tes yeux. Je les vois encore. Toujours apaisant.







Mots & Emotions


vendredi 29 mai 2015

Douceur & Brillance



"Chéri, ce soir, c'est latex !" c'est avec un simple sms que je lui ai tout annoncé.

Dubitatif, il a dû rester devant ces mots, captés entre deux phrases d'une réunion, ou en tapant un rapport sur la croissance économique, bref en plein boulot. Une subite envie de préservatifs, des champignons suspects ou une quelconque démangeaison gracieuse qui fait que l'on porte sa main sans pouvoir se retenir entre ses jambes, non rien de tout cela.

Mais ce soir, j'ai envie de latex, cette matière si tendance que les podiums exhibent sous toutes les formes, en robe, en jupe, en body, en trench déstructuré, en lingerie même. Une curiosité dans un monde où tout évolue si vite, où l'on peut avoir peur de rater la dernière variante, la dernière innovation, le bonheur absolu mais très bref qui nous fera briller dans des discussions elles aussi très brèves. Je veux être in, devancer même la tendance car si les sites classiques de vêtements ou de lingerie, ne proposent pas de réelles déclinaison, j'ai trouvé en quelques clics mon bonheur.

Une version moderne des dessous chics !









Folie me direz-vous au-delà de la curiosité ? Peut-être mais est-il raisonnable de porter des chaussettes dans des escarpins ? d'oser des mi-bas pour valider la couleur trendy d'une jupe coupée de travers ? d'avoir porter des uggs moutonnés et chaudes , et surtout moches ? d'oser les spartiates alors qu'aucun mannequin de magazines n'a encore réussi à les chausser avec élégance et splendeur ?

J'ai envie.

D'ailleurs si l'aspect sulfureux de la matière souvent inconnue de beaucoup de gens, il est souvent lié à des préjugés sans aucun avis réel et direct, des rumeurs ou des lectures avec des stéréotypes tout faits. Certes auriez-vous été tendance en lisant les romans mum-porns, ou totalement perverse si vous l'aviez fait avant le grand coup marketing en trois tomes ? Comment juger sans savoir !

Alors j'hésite, j'essaye, j'écoute les conseils de la vendeuse, certes habillée en robe latex, tatouée, piercée, maquillée un brin gothique, mais avec une voix sublime et des propos justes en réponse à mes interrogations. La matière ? les tailles ? quel modèle pour débuter ? soutien-gorge et culotte ? string ? bas ? comment les enfiler ? les entretenir ? les stocker ?

Je suis étonnée de la variété des collections, encore plus par la douceur extrême de cette matière sous les doigts. Plus encore sur ma peau, c'est enveloppant, autant seconde peau d'une paire de bas nylon, soyeux, gommant les rondeurs, affirmant mes formes, marquant mes atouts voluptueux. Je suis conquise, sauf par le prix, mais une folie moderne n'a pas de prix, et puis c'est quand même plus sensuel qu'un i-machin, même avec un million d'applications inutiles. Je me sens bien dedans, et j'anticipe que mon homme va avoir les yeux dans une autre dimension.

Sourire, achats, sms. 

Vivement ce soir !


Mots & Emotions





jeudi 28 mai 2015

Changement d'air


Changer, fermer les yeux et voir le monde autour de moi autrement.
Oublier.





Une journée.
Rouvrir les yeux, passer devant cette vitrine, voir un reflet, une blonde, une personne qui se penche vers la vitre, inspecte, découvre son visage, sa nouvelle coiffure. Finie les cheveux tirés, stricts, auburns, je les voulais libres, comme moi.

Une semaine.
Assez pour comprendre que la tête dans le miroir, c'est moi, ma nouvelle définition, un peu de moi en version plus actuelle. Je suis blonde, je me vois différemment mais les autres aussi. Mes collègues, celles qui ne tarissent pas d'éloges envers cette nouveauté, ce saut dans le vide, cette nouvelle personnalité, même une nouvelle personne. Oui c'est ainsi que le responsable régional, habitué aux allers et venues des commerciaux, a cru que j'étais nouvelle. Trois ans ici, et enfin une existence. D'ailleurs certains regards changent, semblent plus présents, plus insistants et pourtant mes jupes sont toujours aussi longues.

Un mois.
Première visite chez mes parents, les yeux de ma mère, fausse blonde depuis vingt, voire trente ans, interloquée en me voyant. Heureuse, émue même, et mon père avec un simple compliment, des bises comme à chacun de mes retours, rien de plus. Il semble habitué, certes avec quatre filles et deux belles-filles, il en voit de toutes les couleurs, de toutes les longueurs. Blasé, non, discret mais avec un avis, qu'il faudra lui extirper après le dessert, quand l'estomac endort sa protection de père, de mâle, sa vigilance silencieuse. Mes soeurs ont adoré, en même temps, je dois être la dernière a avoir changé en blonde. Celle qui est restée trop longtemps avec les mêmes habitudes et le même copain. Mais je viens de le mettre dehors, de rayer son nom et prénom de ma liste de souvenirs. 









Un trimestre.
Un semestre.
Un an déjà. Je ne me vois plus qu'en blonde, assez pour avoir changer aussi un peu de garde-robe, plus détendue, plus glamour aussi pour certaines sorties. Sérénité retrouvée, loin de la routine avec le même copain, des aventures depuis, sans suite, mais un nouvel univers. Des nouvelles photos de moi dans les soirées, une promotion car plus investie, plus disponible, une nouvelle vie s'offre à moi, simplement. Mes cheveux sont comme moi, libres, je vais les couper plus courts, en éliminer dix bons centimètres pour rajeunir le tout. J'essayerai peut-être un blond plus sobre, avant l'été où ils risquent de virer au blond platine. Je me vois, je m'aime ainsi. J'ai toujours été cette jeune femme, et je souris en retrouvant des photos, de moi, de lui, de nous, de moi surtout, différente. Juste la coiffure, non, une grisaille, une ritournelle pesante, maintenant disparue. 







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